C’est toujours plaisant de parcourir la ville de Lyon sur une carte depuis son téléphone, de zoomer, de dézoomer en essayant de se repérer, de deviner la distance entre tel ou tel point, de s’adonner aux jeux du plus grand, du plus loin ou du plus haut… Quoi qu’il en soit, on arrive généralement au même constat : le parc de la Tête d’Or occupe toujours une part non négligeable de notre écran et semble toujours plus grand que ce que l’on pouvait imaginer. Mais nos ancêtres n’avaient pas attendu Google Maps pour savoir qu’un très grand parc était essentiel à l’épanouissement et à la satisfaction des concitoyens.
Il y a 169 ans, le quartier des Brotteaux était méconnaissable…

D’ailleurs, savez-vous ce que signifie le mot Brotteaux ? En bon parler lyonnais, cela désignait les bras morts du Rhône, une zone inondable que l’on peut assimiler à un marécage. En effet, la plaine alluviale du fleuve occupe une grande partie des actuels 3e, 6e et 7e arrondissements. En fait, quand on se penche sur l’urbanisation au XIXe siècle, Lyon est une ville aquatique (pour ne pas dire marécageuse). Perrache et Confluence sont à l’époque de vraies pataugeoires !
Dès 1812, l’aménagement d’un parc à Lyon est à l’étude, mais où l’implanter ? Plusieurs terrains sont envisagés, dont la colline de Fourvière, mais aussi celui des Brotteaux qui appartient alors aux Hospices Civils de Lyon. De fil en aiguille, le projet urbain fait son chemin pour, selon le maire et préfet de l’époque Claude-Marius Vaïsse, « donner la nature à ceux qui n’en ont pas ». En 1856, les travaux commencent et vont durer cinq années, avec notamment la construction d’une digue pour séparer les lieux du Rhône et mettre la zone hors d’eau. Le terrassement du lac sera l’étape la plus éprouvante. Entièrement creusé à la main, il nécessitera des années de labeur, majoritairement accompli par d’anciens canuts ayant presque tout perdu depuis les dernières révoltes…
Dès son ouverture en 1857, le parc accueille le Jardin des plantes de Lyon. Il faut savoir qu’à l’époque, par un décret de 1794, toute ville de plus de 300 000 habitants devait se doter d’une école centrale, enseigner les sciences et posséder un cabinet d’histoire naturelle ainsi qu’un jardin des plantes. Implanté dès 1804 sur les pentes de la Croix-Rousse, ce dernier déménagera dès l’ouverture du parc, 53 ans plus tard.
Un poumon vert de 117 hectares aux mensurations prodigieuses

Le parc de la Tête d’Or est un poumon vert de 117 hectares. Pour vous donner une idée, c’est deux fois la taille de Disneyland Paris, ou encore trois fois celle du Vatican ! Par sa taille et son histoire, le parc est tout simplement prodigieux.
Près de 9 000 arbres y sont plantés, dont des platanes atteignant plus de 40 mètres. Le lac à lui seul fait 16 hectares. Et que dire de ses 30 000 rosiers, de ses serres (les plus hautes de France !), de son jardin botanique et ses 15 000 plantes ? Ce dernier est d’ailleurs considéré comme l’un des plus beaux d’Europe et s’impose comme le premier jardin municipal de France. Des spécialistes du monde entier s’y rendent pour contempler des espèces rares que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

Impossible enfin de parler de la Tête d’Or sans évoquer l’emblématique porte des Enfants du Rhône. Là aussi, les dimensions donnent le vertige : avec 32 mètres de long, 11 mètres de haut et un poids de 62 tonnes, c’est le gabarit d’un Boeing 737 ! Depuis 1982, cette majestueuse grille est inscrite aux monuments historiques.