La cuisine a cette capacité unique de nous replonger dans nos souvenirs. Proust avait sa madeleine, mais nous avons tous en chacun de nous cette saveur qui nous replonge dans la cuisine de nos grands-mères. Si Lyon avait à faire l’exercice, elle jetterait son dévolu sur cette endrit qui, sans avoir beaucoup changé depuis 1940, n’a pas pris une ride, et encore moins la poussière. À quoi bon changer quand la formule marche ? C’est bien dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures (de grand-mère, évidemment).
Le Garet, la madeleine de Proust de la gastronomie lyonnaise

L’ambiance feutrée du Garet nous plonge dans une autre époque, loin des menus sur QR codes et autres néons en devanture. Ici, la banquette rouge et les tables nappées accueillent du lundi au vendredi, midi et soir, habitués et visiteurs venus se mettre à table dans une atmosphère qui transpire le bouchon de Lyon. Les verres ballon et les serviettes brodées complètent ce tableau qui ne manque certainement pas de couleur.
Côté carte, on retrouve tout ce qu’on aime d’une cuisine traditionnelle et locale : rillettes, terrines, cervelles meunière ou encore tête de veau. Vous l’aurez compris, il ne faut pas être fâché avec la viande, et autant venir avec le ventre creux et un bon coup de fourchette car les assiettes sont copieuses à souhait.
« À cette place s’asseyait toujours JEAN MOULIN, héros et chef de la Résistance française »

Voici ce que l’on peut lire sur la plaque en laiton qui jouxte la table de droite en entrant. Cette place permettait à Jean Moulin de surveiller les allers et venues lors de ses réunions clandestines avec son bras droit, Daniel Cordier. Ils venaient ici toutes les semaines et Jean Moulin y dîna une dernière fois juste avant son arrestation le 21 juin 1943… Seule l’Histoire nous dira si Jean Moulin dînait avec ce chapeau qu’il ne quittait qu’en de très rares occasions.
Lyon est un haut lieu de la Résistance. Le récent film sélectionné cette année au Festival de Cannes avec Gilles Lellouche sur Jean Moulin à Lyon en est une nouvelle preuve. Plus de 80 ans après la Libération, le souvenir demeure. Heureusement que des lieux comme le Garet perpétuent à leur manière cette page de l’Histoire.