Postée sur la Saône depuis la nuit des temps, elle a vu couler beaucoup d’eau et a fait couler beaucoup d’encre avec son histoire et ses légendes… Autre témoin clé de notre Histoire, l’île Barbe a tout connu : la naissance de Lyon, la gloire, les plus grands rois de France, le mystère du Graal, le sang et les larmes, et aujourd’hui même, l’attention de nos chers lecteurs.
Une petite île à l’histoire grande

En 2011, des fouilles archéologiques ont permis de découvrir des céramiques remontant au Néolithique (entre 6000 et 2200 avant notre ère). Ces vestiges attestent que l’île Barbe serait l’un des tout premiers endroits habités par l’homme à Lyon.
Les choses se précisent à partir du IIe siècle après J.-C. À cette époque, l’Empire romain règne sans foi ni loi sur la Gaule. Lugdunum accueille ses premiers chrétiens (nous sommes encore, à cette époque-là, au balbutiement du christianisme) et les temps sont durs pour ces malheureux… Refusant de se soumettre au joug de l’empereur romain, ils tentent de protester mais vont rapidement en faire les frais. Jetés aux fauves, ils seront les premiers martyrs lyonnais.
Malgré tout, certains d’entre eux arrivent à se libérer de la griffe des Romains (et des lions) pour venir se réfugier sur l’île Barbe. Le lieu deviendra un symbole de résistance pour toute la chrétienté occidentale. C’est tout naturellement que l’une des premières abbayes y fut construite au Ve siècle. Elle sera, avec celle de Cluny, l’une des abbayes les plus puissantes d’Europe.
Un lieu au passé aussi riche que mouvementé

Du VIe au Xe siècle, les temps ne sont pas tendres et l’île Barbe est le théâtre de nombreux pillages et invasions. Francs, Wisigoths, Sarrasins, Hongrois : tout le monde y passe (et piétine). Plusieurs fois, les lieux sont saccagés et brûlés. Mais le phénix renaîtra de ses cendres et retrouvera une certaine forme de sérénité à partir du XIe siècle, permettant à de nombreux rois et reines, dont Charlemagne, Louis XI, François Ier ou encore Catherine de Médicis, de venir y passer une tête de temps en temps. L’abbaye rayonnera durant près de douze siècles, abritant des reliques exceptionnelles, comme — selon certains le laissent croire — la plus magique d’entre elles : le Saint Graal…
Rajoutez à cela tout un tas d’autres légendes, comme la présence de druides et de sacrifices humains, toute une pelletée de meurtres et de suicides, et le fait qu’un trésor subsisterait dans les souterrains sous les murs de l’abbaye, et vous obtenez sur une île grande comme un bout d’ongle, le plus grand des scénarios hollywoodiens…
L’île préférée des Lyonnais
Durant plus de 1200 ans, l’île fut au centre de l’attention grâce à la réputation de son abbaye. Les Lyonnais y venaient pour prier (mais aussi pour boire et danser), en faisant une place forte sans égale en ville. Le déclin de l’abbaye à partir du XVIe siècle n’entama pas sa popularité, qui resta jusqu’à la fin du XIXe siècle un lieu où se montrer.
Malgré son intégration au territoire de Lyon (en 1963 seulement) et le développement grandissant de l’urbanisation environnante, l’île Barbe est restée à la même place qu’elle occupait lorsque nos ancêtres du Néolithique y posèrent leurs valises.
Aujourd’hui, toute une partie de l’île est publique : on y accède par ce pont suspendu qui date de 1827, permettant de profiter du sud de l’île avec ses majestueux platanes et tables de pique-nique. Par ailleurs, sachez que, pour profiter “autrement” du site, vous pouvez vous rendre à Caluire (quai Clémenceau, montée Castellane). Le panorama y est remarquable.