L’établissement le plus vieux de la capitale de la gastronomie où il est possible de manger, souffle cette année ses 190 bougies, ça fait des lustres ! D’ailleurs, en près de deux siècles, les fameux lustres de la « Georges » en ont vu passer du monde, et du beau ! Qui d’autre peut se vanter d’avoir vu les frères Lumière, Jean-Paul Sartre, Édith Piaf, Émile Zola, Paul Verlaine ou encore Colette mettre les pieds sous sa table ? Si Paul Bocuse est bien l’incarnation en chair et en os de la gastronomie lyonnaise, la Brasserie Georges en est son pendant de fer et de pierre.
Il y a 190 ans : un marécage entre Saône et Rhône…
Rembobinons le fil. Nous voilà en 1836, dans une période charnière de notre Histoire. Nous sommes sous la monarchie de Juillet (1830 – 1848), l’arc de triomphe de l’Étoile vient tout juste de sortir de terre à Paris, la photographie en est à ses balbutiements, l’électricité est loin d’être domestiquée et, à Lyon, l’effervescence est totale (nous nous trouvons entre les deux grandes révoltes des canuts de 1834 et 1848).
Dans ce bouillonnement, un Alsacien décide de s’y installer et plus précisément à la confluence du Rhône et de la Saône. C’est là, en effet, que les diligences sur l’axe Paris-Marseille font halte. C’est décidé : Georges Hoffherr viendra brasser sa bière à Perrache, car Lyon est déjà réputée à l’époque pour la qualité de son eau.

La brasserie sort de terre, et le défi est de taille : 700 m² de plafond d’une seule portée, soutenu par trois poutres en sapin, le tout sur un sol marécageux et instable ! Le pari paiera, puisqu’un an plus tard se construira la gare de Perrache à deux pas de là, ce qui lancera véritablement le succès de la « Georges » pour les siècles à venir.
La plus grande brasserie de France tourne toujours à plein régime en 2026

Une salle de avec plus de 350 places assises : il s’agit tout simplement de la plus grande brasserie de France. Ce mastodonte de la taille d’un terrain de handball est toujours réglé comme une montre suisse. L’horloge au plafond a d’ailleurs le temps de faire un tour complet entre le premier service et le dernier. Ouverte 7j/7, la brasserie tourne à plein régime. Le ballet incessant entre le personnel, les fournisseurs et les clients est digne d’une vraie valse à mille temps. Jacques Brel, grand habitué des lieux, y aurait-il d’ailleurs trouvé l’inspiration sur l’une de ces banquettes rouges ?
On dit souvent que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. À la Brasserie Georges, on n’aurait pas de mal à trouver chose plus vraie. La choucroute garnie — tradition alsacienne oblige — n’a pas quitté la carte depuis le premier jour. Mais à la « BG », on vient aussi pour la gratinée à l’oignon, l’os à moelle ou les escargots, que l’on arrose généralement d’une bière brassée sur place…