Des héros, Lyon en a eu et en a vu. Certains grandir et d’autres mourir, mais toujours à lutter ou à aider. D’Antoine de Saint-Exupéry à Claude Bourgelat, il n’y a qu’à se pencher sur la fresque des Lyonnais pour se faire une idée. Mais cette fois-ci, on ne parle pas d’un génie de la littérature, pilote de l’aéropostale ou de l’inventeur de la médecine vétérinaire, mais de Monsieur et Madame Tout-le-monde qui, loin des projecteurs, ont œuvré pour la sauvegarde et la rénovation d’une partie de notre belle ville de Lyon.
Annie et Régis Neyret, les anges gardiens du Vieux-Lyon

Le Vieux-Lyon d’après-guerre ne reçoit pas les éloges qu’on lui connaît aujourd’hui. Les rues sont mal fréquentées, les bâtiments tombent en ruine les uns après les autres… Bref, on est loin du décor de carte postale. À l’époque, il souffle un vent de modernité. Comme pour oublier les mauvais souvenirs de la guerre, on veut faire table rase de pans entiers de Lyon en y construisant de nouveaux quartiers ou des axes de circulation plus grands. C’est le cas du Vieux Lyon, dans le viseur de Louis Pradel alors maire de Lyon à l’époque, qui souhaite faire un nouveau boulevard de Fourvière jusqu’au Pont Maréchal-Juin à grands coups de bulldozers.
Le couple décide d’agir en prenant les devants et rejoint l’association Renaissance du Vieux Lyon avec beaucoup d’espoir et d’enthousiasme. Objectif : redonner ses lettres de noblesse à ce quartier qui abrite les plus grands trésors architecturaux de la ville, dont les traboules et l’escalier coquillage sont de parfaits exemples. De fil en aiguille, et grâce à une détermination sans faille de plusieurs années, le travail de l’association mené par le couple Neyret porte ses fruits : les trésors du Vieux Lyon ne seront pas remplacés par un périphérique en béton.
Lyon, ad vitam aeternam

Durant plusieurs décennies, le couple et l’association seront le fer de lance de la rénovation, jusqu’à ce qu’en 1998, Régis Neyret intègre le comité qui conduira l’UNESCO à inscrire le Vieux-Lyon au patrimoine mondial comme « Valeur universelle exceptionnelle » ; entendez par là : « une importance culturelle tellement exceptionnelle qu’elle transcende les frontières nationales et qu’elle présente le même caractère inestimable pour les générations actuelles et futures de l’ensemble de l’humanité. » (Charte de l’UNESCO, paragraphe 49)
La prochaine fois que vous passerez par le Vieux-Lyon, levez les yeux. Simplement. À chaque coin de rue, sur chaque place ou esplanade, dans n’importe quelle ruelle ou impasse : Lyon est l’une des plus belles villes au monde.

Après le décès en 2019 à quelques mois d’intervalle d’Annie et Régis Neyret, la Ville de Lyon décide en 2023 de leur rendre hommage sur le quai Romain-Rolland, non loin de la maison Thomassin où le couple vécut durant près de 35 ans. Une statue en bronze où leurs regards se croisent une dernière fois, pour l’éternité. Sur la plaque de la promenade qui porte désormais leur nom, on peut lire : « Annie et Régis Neyret, passeurs de patrimoine ». Voilà finalement comment bien résumer tout cela.