Résumer 63 000 mètres carrés et 1 000 ans d’histoire en quelques lignes, ce serait présomptueux de notre part. Et comme chaque Lyonnais a sa propre relation avec Bellecour, contentons-nous de simplement revenir sur quelques faits marquants du gigantisme de ce lieu paradoxalement intime pour tous les habitants. Après vous avoir dernièrement parlé de l’Opéra et du Grand Hôtel-Dieu, place à un autre titan de notre paysage : la place Bellecour.
Une place hors normes

Elle fait en longueur ce que la tour Eiffel fait en hauteur : 312 mètres. Avant de devenir la place piétonne la plus grande d’Europe, Bellecour fut tour à tour une bergerie, des vignes, un marécage, des jardins à la française… Sa forme et ses proportions actuelles datent de 1713, date de l’inauguration d’une place publique pour rendre hommage à Louis XIV, venu dans la capitale des Gaules en 1658.
Au XIXe siècle, un projet prévoit d’y construire la principale gare ferroviaire de la ville. Face à l’opposition farouche du maire et de ses administrés, la gare sera construite un peu plus loin, à Perrache. Aujourd’hui, la place Bellecour est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, et la statue de Louis XIV, ainsi que l’ensemble de ses façades, sont protégés au titre des monuments historiques.
La place Bellecour, la carte d’identité de Lyon

La place Bellecour a porté le nom de son histoire. Ou devrions-nous plutôt parler de ses histoires. Parallèlement à ses différents rôles, elle changea plusieurs fois de patronyme. Au XIIe siècle, c’est une terre agricole possédée par l’archevêque nommée Bella Curtis (Beaux jardins) où poussent principalement des vignes (nos ancêtres ne perdaient pas le nord). Au XVIe siècle, on la connaît sous le nom de pré de Belle-Court. Après avoir été longtemps abandonnée et redevenue à l’état marécageux, elle est investie par l’armée du baron des Adrets lors des guerres de religion.
Bien des années plus tard, à la suite de la venue de Louis XIV en 1658 qui flasha sur les lieux, la place Royale est inaugurée en 1713, puis deviendra place Louis-le-Grand. Suite à la Révolution française, la famille Bourbon n’étant plus très en vogue, la place est rebaptisée place de la Fédération puis place de l’Égalité (à cette même époque, l’actuelle place des Jacobins s’appelait la place de la Fraternité).
À partir de 1800, elle devient la place Bonaparte puis la place Napoléon, pour devenir au milieu du XIXe siècle la place Bellecour. Elle sera tristement renommée place du Maréchal-Pétain en 1940, pour retrouver son nom actuel à la Libération. Qu’est-ce que tout cela nous apprend ? Qu’à chaque grand rendez-vous de l’histoire (heureux ou malheureux), la place fut choisie pour représenter les circonstances, répondant ainsi à son rôle d’emblème absolu de la ville de Lyon.
Un trésor caché découvert il y a 60 ans pile !

Nous sommes à l’été 1966 et la place Bellecour s’apprête à vivre un petit lifting lors de la construction du parking souterrain qui doit accueillir 2 000 places. Les pelleteuses investissent les lieux et, alors qu’elles entament leur travail autour de la statue de Louis XIV, une caisse métallique fait son apparition dans les excavations. Le mystère est total ! Nous sommes très exactement le 27 juillet au matin, les ouvriers exhument le fameux trésor et sous l’œil averti du maire Louis Pradel, de plusieurs personnalités et journalistes, le moment tant attendu arrive… Patatras ! La caisse est vide et, comble du camouflet, ne laisse sortir que de l’eau croupie.
Mais la caisse semble bien lourde pour ne rien comporter du tout. En la manipulant, la retournant et la secouant, il semble qu’elle n’a pas dit son dernier mot. C’est en effet dans un double fond que le butin se cache ! En petite quantité, des pièces d’or, d’argent et de bronze, mais aussi un médaillon de cristal, seront découverts. Loin d’être le trésor de Rackham le Rouge, il n’en reste pas moins un formidable témoin de notre histoire, enterré secrètement lors de la pose du monument en 1825. Ce qui est certain, c’est que le sol foulé par des millions de personnes chaque année n’a pas encore dit son dernier mot.