Lyon est un livre d’or géant. Chaque bâtiment, quartier, ruelle est une page de notre histoire que nous redécouvrons au fil du temps. Après vous avoir parlé du Gros Caillou et de l’escalier coquillage, voici le moment de vous parler de cette maison du XVe siècle. Décidément, les vieilles pierres ont le vent en poupe ! Recontextualisons un peu : à cette époque, la France se castagne face aux Anglais durant la guerre de Cent Ans, Gutenberg vient tout juste d’inventer l’imprimerie et Christophe Colomb prépare sa caravelle pour découvrir les Amériques… Et au même moment, artisans, maçons et autres ouvriers se pressent au 24 de la rue Saint-Jean pour construire la maison Laurencin.
La maison Laurencin, la plus vieille maison de Lyon

Cette maison dont les premiers vestiges datent du XIe siècle, alors demeure prestigieuse du comte de Forez, trouve son architecture actuelle au XVe siècle, bien que sa façade donnant sur la rue Saint-Jean date, elle, du XVIIIe siècle. À travers les siècles, la maison sera habitée par les plus grands notables de la ville pour devenir la maison Laurencin (aussi appelée le Grand Palais Laurencin). Les Laurencin font fortune dans les nombreuses foires que Lyon organise à l’époque, jusqu’à devenir l’une des familles les plus riches et influentes de la ville.
À l’intérieur, l’architecture de l’immeuble est typique de la période gothique avec un remarquable escalier à vis et une cour entourée de loggias sur croisées d’ogives. La maison traverse les âges malgré les remous de l’Histoire (Révolution française, révolte des Canuts, Seconde Guerre mondiale, etc.), mais n’échappe pas au désamour des Lyonnais pour le Vieux-Lyon, longtemps laissé à l’abandon.
Durant les XIXe et XXe siècles, le Vieux-Lyon est rafistolé à coups de sparadrap. Il sera même question de le raser à grands coups de bulldozer pour y faire un immense boulevard en béton flambant neuf. Il doit sa survie au sursaut initié par le couple Neyret, qui lutta bec et ongles pour inscrire ce témoin de notre histoire à sa juste valeur : une valeur universelle exceptionnelle reconnue par l’UNESCO.
La famille Lamartine, résidents lyonnais de la maison Laurencin

À édifice exceptionnel, locataires de choix, puisque les grands-parents du célèbre écrivain y occupèrent les lieux durant plusieurs années. Aujourd’hui, la maison est ouverte au public et on ne peut que vous inviter à franchir la porte pour un tête-à-tête avec ce témoignage vivant de notre histoire. La traboule permettant de relier la rue Saint-Jean à la rue du Bœuf est aussi un véritable trésor architectural.
« Le passé, l’avenir, ces deux moitiés de vie dont l’une dit jamais et l’autre dit toujours », écrivit Lamartine. C’est dire si la maison Laurencin a encore de beaux jours devant elle !
Le bâtiment se trouve dans une copropriété privée (24 rue Saint Jean, Lyon 5). Si vous avez la chance de pouvoir y entrer, nous vous invitons à faire preuve de la plus grande discrétion et à respecter scrupuleusement la tranquillité des habitants.