En 1998, le Vieux-Lyon est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et, quand on se penche sur ses trésors, on comprend bien pourquoi. De son théâtre antique à ses fameuses traboules, de la maison Brunet à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, tout est prétexte à l’émerveillement. Lyon a su intelligemment garder ce fil architectural sans l’avoir une seule fois rompu en plus de 2 000 ans d’Histoire. Dans ce musée à ciel ouvert, un mystère reste entier, mais celui-ci se trouve sous la terre…
Le labyrinthe souterrain des arêtes de poisson

Voici un site qui aurait fasciné Tintin, Sherlock Holmes ou même Indiana Jones ! Le vaste réseau souterrain de 1 400 mètres de galeries tire son originalité de sa disposition en arête XXL : 156 mètres de long pour la galerie principale, ça commence à faire une belle colonne vertébrale ! Les galeries sont ensuite divisées en deux sous-ensembles qui sont eux-mêmes composés de galeries perpendiculaires, salles, ramifications et autres puits permettant une jonction entre les différentes parties. Mais ce qui interpelle lorsque l’on se penche sur la vue d’ensemble, c’est qu’il semble que les galeries n’aient jamais été vraiment achevées et, pire, qu’elles n’auraient jamais vraiment servi… On estime que l’ensemble représente pas moins de 12 000 m³ de terre à décaisser.
Les premières conclusions évoquaient une construction au XVIe siècle qui faisait partie d’un ensemble de défense à la Croix-Rousse, là où se trouvait l’ancienne citadelle. Mais en 2013, un retournement de situation vient rebattre les cartes. Les nouvelles technologies, et notamment l’utilisation du carbone 14, livrent une toute autre conclusion : la construction remonterait à l’époque antique, au premier siècle de notre ère…
Des arêtes dans le ventre de Lyon, mais pourquoi ?

Et c’est là que ça devient encore plus intéressant. À quoi ont servi ces galeries souterraines ? Tout comme pour les mystères qui planent autour de l’île Barbe, les spéculations vont bon train. Si cela remonte bel et bien à l’Antiquité, il s’agit d’un réseau ayant impliqué des moyens colossaux en main-d’œuvre, imaginez donc ! En 1950, une fouille archéologique a permis de découvrir le corps d’un soldat romain mort durant la bataille de Lugdunum (197 apr. J.-C.) ainsi que des pièces de monnaie de la même époque… D’autres évoquent la possibilité que ces arêtes aient été utilisées pour entreposer le trésor des Templiers, lorsque Guillaume de Beaujeu (originaire du Beaujolais) était le grand maître de l’ordre à la fin du XIIIe siècle…
Il existe très peu d’informations (voire pas du tout) qui attestent de l’existence de cet ouvrage dans les archives de la ville. On apprend d’ailleurs que certains chercheurs ont dû se rendre jusqu’à Turin pour trouver des informations dessus. Quoi qu’il en soit, l’absence de documents officiels ajoute une couche de mystère à cette histoire qui ne manquait déjà pas d’intrigue… En 2024, elles ont fait l’objet d’une requête afin de « patrimonialiser » ces vestiges dans le périmètre de l’UNESCO, réclamant une protection et une mise en valeur des lieux ainsi qu’une clarification de leur statut juridique.
Inutile de rappeler que les arêtes de poisson sont fermées au grand public, mais qu’une visite virtuelle est néanmoins disponible.