Le fil de l’histoire et celui de l’eau ont toujours cheminé ensemble. À Lyon, plus que nulle part ailleurs. Le Rhône et la Saône, évidemment, mais que dire des aqueducs antiques, des quais, de ses ponts et de lieux formidables comme l’ancienne usine des eaux de Caluire ou la centrale hydroélectrique de Cusset… Saviez-vous également que Lyon ne compte pas moins de 80 fontaines ornementales ? L’une d’entre elles est le symbole même de l’eau à Lyon.
La fontaine Bartholdi : 21 tonnes d’histoires

Si elle semble indéboulonnable aujourd’hui sur la place des Terreaux, la fontaine Bartholdi a connu bon nombre de rebondissements. Réalisée au XIXe siècle par le sculpteur Auguste Bartholdi, mondialement connu pour avoir conçu la statue de la Liberté de New York, la fontaine est dans un premier temps destinée à la ville de Bordeaux.
Mais la commande s’avère trop coûteuse et la mairie n’honore pas son engagement. Rageant pour le sculpteur qui a dû y passer un peu de temps… Ni une ni deux, et entre-temps propulsé au rang des superstars avec la statue de la Liberté, Bartholdi décide de la présenter à l’Exposition universelle de Paris en 1889, où elle fait sensation. Le maire de Lyon, Antoine Gailleton, est séduit : la fontaine sera lyonnaise !
Symbolisant initialement la Garonne pour la ville de Bordeaux, la figure féminine représentera désormais la France, et les quatre chevaux incarneront les grands fleuves du pays. Elle sera inaugurée le 22 septembre 1892 face à l’hôtel de ville. À cette époque, le cinéma des frères Lumière n’est pas encore inventé, l’industrie de la soie laisse place à celle de l’automobile, la brasserie Georges et le Café des Fédérations sont déjà ouverts et Sadi Carnot sera assassiné deux ans plus tard… Lyon est en pleine ébullition.

Cent ans après son inauguration, en 1992, la ville de Lyon décide de réaménager la place des Terreaux. La fontaine sera déplacée au nord de la place pour être à nouveau inaugurée. Elle sera inscrite en 1995 au titre des monuments historiques.
Une fontaine qui a fait peau neuve en 2016

21 tonnes pour 9 mètres d’envergure et 4,85 mètres de haut. Malgré ce physique herculéen, la fontaine n’en reste pas moins un colosse… aux pieds d’argile. Plus de 18 mois de restauration auront été nécessaires entre 2016 et 2017 pour démonter, réparer, nettoyer et remonter les pièces une par une afin de leur redonner leur éclat d’antan.
Encore aujourd’hui, la fontaine force l’admiration des Lyonnais et, avant tout, des spécialistes. Mettre sur pied une fontaine qui relève plus de l’orfèvrerie que du gros œuvre, et y insérer toute une série d’innovations techniques pour un rendu artistique absolument incroyable, relève du génie.
Promettez-nous, la prochaine fois que vous passerez place des Terreaux, de vous y arrêter et de la contempler. Notre main au feu (oui, même sous l’eau) que vous y verrez des détails que vous n’aviez jamais remarqués auparavant. Ne serait-ce pas cela, finalement, qui caractérise le chef-d’œuvre ? Assurément.